Tueries de Masse – Comment en parler aux enfants ?

Comment parler des tueries de masse aux jeunes enfants ? Cette question m’est posée presque chaque fois qu’un événement comme celui de Las Vegas hier s’éparpille sur toute la toile médiatique internationale.

Une partie de mon travail consiste parfois d’avoir à donner des explications à des jeunes  enfants et ados lorsque un de leurs proches est reconnu coupable d’une infraction criminelle. Il s’agit parfois de leur père ou de leur mère, d’un grand frère ou d’une grande soeur ou encore un ami de la famille… Selon le type de crime, on peut s’y prendre différemment. Lorsqu’il s’agit de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, la façon de s’y prendre est très différente.

Expliquer l’inexplicable – c’est déjà difficile pour nous tous en général, alors comment expliquer un tel geste à de jeunes enfants ? Eh bien, rassurez vous :  il s’agit d’un défi qui n’est pas insurmontable. Dans la réalité, c’est généralement tout à fait le contraire – puis ce que c’est surtout l’enfant qui prendra la parole.

Il y a une base qui est assez générale lorsqu’on veut parler de sujets aussi graves, mais le reste est libre à votre improvisation; selon la façon dont votre enfant réagira à vos explications et de sa perception des choses.

Hier, nous avons été témoins de la plus grande tuerie de masse aux États-Unis. 59 morts, et des centaines de blessés. Ce n’est pas rien ! Alors voici des suggestions pour aborder le sujet de façon plus délicate.

1. Premièrement, il faut voir à votre réaction devant un tel événement. Comment réagissez-vous ? C’est la première étape et l’une des plus importantes de tout le processus.

L’enfant, à la base, ne comprends pas ce qui se passe. Donc, il ne sait pas comment se positionner émotionnellement face à l’événement tragique. Son premier réflexe sera probablement de copier ou d’imiter votre réaction, vos émotions et votre comportement. Ces réactions sont extrêmement influentes pour le jeune. Il adoptera un comportement similaire devant d’autres situations à l’avenir.

Nombreux sont les parents vont espérer que l’enfant n’en parle tout simplement pas. Malheureusement pour eux, la majorité des enfants en entendront parler à l’école ou ailleurs par la bouche des autres (ex : à la radio, télé, sur Internet). Il faut en parler parler. Autrement, votre silence pourrait être interprété comme : “Mes parents pensent que je ne suis pas assez intelligent pour comprendre ce qui se passe”, “Tout le monde peut en parler sauf moi”…  À éviter, autant que possible !

2. La couverture médiatique (avec les photos et les vidéos présentés en boucle) peuvent être difficiles à comprendre pour des jeunes enfants. Il est souvent préférable de couper la diffusion de telles images pendant un certain temps (ex : les bulletins de nouvelles et les emissions spéciales). Ceci s’applique très particulièrement aux enfants de 8 ans  et moins – a ce stade de leur croissance, certains ne font pas encore abstraction des images qu’ils voient à la télé, de celles qu’ils voient dans la réalité.

4. Montrez-vous rassurants.

Au lieu de dire : “Y”a des choses tragiques qui arrivent souvent dans la vie”

Dites plutôt quelque chose comme : “Ce sont des choses qui arrivent, mais on sait quoi faire et on est assez forts pour passer au travers si jamais ça nous arrive. Nous ne sommes pas en danger présentement.”

Ou s’arrêter ? Donnez autant d’informations que vous pouvez donner – mais ne dépassez pas ce que votre enfant est capable de comprendre.

3. La simplicité de votre message est importante.  Pour un très jeune enfant : “Un monsieur méchant a décidé de faire du mal à d’autres gens” peut être un énoncé qui contient suffisamment d’information pour lui/elle – pour répondre à ses questions du moment. Soyez ouverts et répondez à leurs questions.

4. Il est souhaitable que la conversation que vous aurez avec le jeune enfant soit orientée sur les moyens positifs et les démarches constructives qui sont prises par le gouvernement, les policiers, les pompiers, les ambulanciers, et les monsieur-madame-tout-le-monde, afin de remédier à la situation et garder les gens en sécurité. Ceci démontrera à votre enfant que la grande majorité des individus dans  notre société ne sont pas mal intentionnés et que ce n’est qu’une très petite fraction de la population qui a des mauvaises intentions.

 5. Donnez l’opportunité à vos enfants de faire des petites actions pour rendre le monde meilleur. Une idée toute simple est d’entrer en contact avec les gens qui mettent la main à la pâte pour faire en sorte que la situation se règle le plus rapidement possible. Par exemple : les inciter à écrire un mot de remerciement pour l’envoyer à des policiers, aux ambulanciers, aux victimes hospitalisées, etc… Ou encore faire un petit don de leur argent de poche à un organisme approprié selon les besoins spécifiques et de la situation actuelle. Si l’enfant considère qu’il contribue à aider une cause ou qu’il exerce un peu de contrôle sur la situation; il se sentira concerné sans être une victime, beaucoup moins désemparé devant l’horreur, et aura une attitude beaucoup plus positive lorsqu’il fera face à une situation semblable à l’avenir.

6. Evitez le discours politique ou de prendre position sur le sujet de la religion. Ça ne fera que brouiller leurs esprits davantage, et de toute façon; cela ne répondra pas du tout aux questions auxquelles ils cherchent des réponses pour le moment.

7. Changez de sujet, ne vous y attardez pas trop longtemps; revenez-y plus tard. Il se peut que votre enfant aie besoin d’un peu de temps pour assimiler toute l’information que vous lui avez fournie…C’est normal ! Revenez sur le sujet plus tard, il aura surement des questions à vous poser après avoir fait l’analyse des nouvelles connaissances  que vous lui avez transmises. Gardez toujours la porte ouverte au dialogue.

 

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